Cultures et réalités autochtones

LETTRE OUVERTE | Accès à l’eau potable : une crise silencieuse

26 mars 2025

Dans son rapport annuel publié le 20 février dernier, le Protecteur de l’élève aborde la question des bris de services dans le réseau des centres de services scolaires et des commissions scolaires. Il ne relève aucun bris de services à la Commission scolaire Kativik alors que le problème est pourtant bien réel. S’il détourne le regard en l’absence de plaintes, peut-on penser qu’il n’est pas parvenu à créer des liens assez étroits avec les communautés du Nord? Les problématiques qu’elles vivent demeurent entières.

Avec la pénurie de personnel dans cette région et avec les problèmes récurrents d’accès à l’eau potable et courante dans plusieurs communautés, les élèves sont malheureusement plus souvent victimes de bris de services que les élèves des écoles plus au sud.

Une consultation sur l’accès à l’eau dans les communautés inuites, menée en mai 2022 par la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) auprès de ses membres qui y travaillent et y vivent, levait le voile sur la réalité du personnel de l’éducation dans le Nord. Elle fait état de problèmes récurrents, tels que des infections cutanées et des problèmes digestifs, de fortes odeurs corporelles qui nuisent aux activités quotidiennes et à la pratique de l’activité physique, des vêtements dégradés par l’impossibilité de les laver, une grande difficulté à cuisiner puisque la vaisselle reste sale. Stress continu, anxiété, peur constante de manquer d’eau, réduction au maximum des douches sont autant de situations décriées.

L’approvisionnement en eau potable et la vidange des eaux usées étant des services de première nécessité, il nous apparaît inconcevable que les communautés inuites souffrent encore d’une problématique maintes fois dénoncée auprès des autorités gouvernementales. Une telle situation, vécue à si grande échelle, ne serait assurément pas tolérée dans le sud du Québec. Cette situation porte sérieusement non seulement atteinte à la dignité des habitantes et habitants, mais également aux droits des élèves qui fréquentent ces établissements.

En effet, les problèmes liés à l’eau sont régulièrement des causes de fermeture temporaire des écoles, ce qui occasionne un bris de services éducatifs avec des effets directs sur l’enseignement des programmes et les retards d’apprentissage. Doit-on se surprendre du taux de diplomation déjà très faible au Nunavik, soit 25,9 %, comparativement à 77,7 % pour l’ensemble du Québec, quand on constate dans quelles conditions apprennent les élèves? Chaque journée d’école manquée entraîne clairement des conséquences directes sur les apprentissages des élèves et n’aide en rien à la persévérance scolaire.

Pour la CSQ, il est temps que cesse la banalisation des conditions de vie et des problèmes d’éducation dans le Grand Nord québécois sous prétexte que les conditions ont toujours été difficiles pour les communautés qui y vivent. Pour cette raison, la CSQ et le Mouvement ACTES lancent, en marge de la Journée mondiale de l’eau, une campagne intitulée Le droit à l’eau, ça coule de source! Nous invitons la population à interpeller sa ou son député afin d’exiger que des actions soient entreprises afin de leur garantir l’accès à l’eau potable et courante. L’inaction est inacceptable! Il est temps d’agir.

Anne Dionne,

Deuxième vice-présidente de la CSQ