Votre supérieur manque de considération et n’a pas beaucoup de respect à votre égard. Il ne prend jamais en compte votre opinion et il distribue avantages et récompenses aux collègues qui ne sont pas les plus méritants. Vous avez le sentiment que l’injustice règne au travail…

Parmi les membres de la CSQ, une personne sur deux dit éprouver un tel sentiment1. Malgré un contexte de travail régi par des conventions collectives de plus en plus complexes, cette proportion élevée est pour le moins troublante.

Stéphane Moulin

Une question de perception

La notion de justice organisationnelle est liée à la perception que les travailleuses et travailleurs se font de trois éléments :

  • La répartition des ressources et des avantages. Vous avez l’impression, par exemple, qu’au sein de votre organisation, les compétences, les efforts et le rendement ne sont pas récompensés de façon équitable. 
  • Les processus décisionnels. Vous avez le sentiment qu’on ne vous écoute pas et que votre opinion ne compte. Les choix ne sont pas toujours neutres, éthiques et conformes aux valeurs de l’organisation. 
  • Les interactions personnelles et la qualité des communications. Vous n’avez pas le sentiment qu’on vous traite avec respect. Il ne vous est pas permis de connaitre les éléments qui ont contribué aux prises de décision, et l’information ne circule pas de manière transparente.

Ces dimensions sont interreliées et s’influencent mutuellement. « Les individus forment leur perception de la justice soit en comparant leur contribution à leur rétribution, soit en évaluant les procédures qui ont conduit à l’attribution des résultats ou encore en évaluant la qualité des traitements interpersonnels », notent les auteurs d’un article paru sur le sujet2.

« Au-delà des rapports entre un individu et son employeur, il faut aussi prendre en compte les rapports sociaux entre les différents collectifs de travail d’une entreprise », précise Stéphane Moulin3.

Égalité et autonomie

L’idée de justice en milieu de travail renvoie aussi aux principes d’égalité et d’autonomie4. « L’égalité, c’est le sentiment d’être traité avec dignité, de ne pas être discriminé, mais aussi d’avoir des normes du travail respectées. Quant à l’autonomie, c’est la capacité de se plaire ou de s’épanouir au travail. Ce sont là deux autres dimensions des perceptions de l’injustice », ajoute-t-il.

Vers l’épuisement professionnel?

La perception que vous avez de la justice au sein de votre organisation peut jouer sur votre motivation au travail, car elle est aussi reliée au respect auquel vous croyez avoir droit.

Une situation d’injustice peut être ressentie comme une atteinte à la dignité. Lorsqu’elle relève des rapports interpersonnels, c’est le soutien social, reconnu comme facteur de protection, qui risque d’être mis à mal.

Dans le même sens, une différence entre vos attentes et la réalité de l’organisation du travail ou encore un déséquilibre entre vos efforts et les récompenses reçues (notamment sous forme de salaire ou de reconnaissance) peuvent susciter un sentiment d’injustice.

« Le déséquilibre peut aussi être associé au genre, à l’âge, à la localisation géographique. Lorsque l’encouragement est lié à l’un de ces éléments, le favoritisme n’est pas loin », dit Matthew Gapmann5.

« Un milieu inéquitable diminue l’implication, l’effort et la volonté de demeurer au sein de l’entreprise. Cela crée de l’incertitude, ce qui génère du stress et des tensions pouvant mener à la détresse psychologique et aux troubles cardiovasculaires et musculosquelettiques », affirme Luc Bouchard5.

Des pistes

L’action collective déployée dans les milieux de travail doit amener les gestionnaires à se pencher sur la manière dont les procédures sont mises en place et appliquées dans l’organisation. Les gestionnaires doivent faire preuve de transparence dans les modes et les politiques de gestion ainsi que dans les procédures.

En outre, les démarches d’implantation des procédures et, surtout, les raisons qui les sous‐tendent devraient être communiquées aux travailleuses et travailleurs afin que ceux‐ci puissent juger, entre autres, de leur impartialité et de leur cohérence.

Finalement, il est important de vous questionner sur vos propres pratiques : lors de la répartition des tâches, des ressources, des horaires de travail, par exemple, prenez-vous en compte les besoins et les réalités des autres? Agissez-vous équitablement?


1SOARES, Angelo (2017). Des blessures qui n’arrivent pas à cicatriser, santé mentale chez les membres de la Centrale des syndicats du Québec. Rapport présenté à la Centrale des syndicats du Québec (mars), 81 p. Également disponible en ligne : sst.lacsq.org/public/images/wbr/uploads/file/CSQ-1617-203-SST-Rapport-sante-mentale-2017-Web.pdf.
2FRIMOUSSE, S., J.-M. PERETTI et A. SWALHI (2008). « La diversité des formes de performance au travail : le rôle de la justice organisationnelle », Management & Avenir, vol. 18, n° 4, p. 117 à 132.
3Stéphane Moulin est professeur agrégé au Département de sociologie de l’Université de Montréal. Il a publié en 2016 Inégalités : mode d’emploi : l’injustice au travail au Canada aux Presses de l’Université de Montréal.
4DUBET, F., et autres (2006). Injustices. L’expérience des inégalités au travail, Paris, Seuil, 504 p.
5Matthew Gapmann et Luc Bouchard sont conseillers en santé et sécurité du travail à la CSQ.